©unmondealenvers / 2019

UNE TECHNIQUE HORS DU TEMPS

Un monde à l’envers, c’est la résurrection d’une technique ancienne de photographie, le collodion humide, qui donne une autre dimension au visuel au sens large.

Tout commence dans une chambre noire. Le collodion est une solution de nitrate de cellulose dissoute dans un mélange d’alcool et d’éther à laquelle on ajoute des sels de Brome et d’Iode. Le procédé photographique consiste à couler cette solution sur une plaque d’aluminium ou de verre, puis de l'immerger dans un bain de nitrate d’argent avant de la glisser dans un châssis étanche à la lumière. Un moment de chimie et de temporalité : tout est timé à la seconde près sous l’égide d’un sablier qui bat la mesure, chaque grain qui tombe symbolise la transformation d’une simple plaque en futur objet photographique.

Une fois le châssis prêt, il est placé dans une chambre photographique le temps de la prise de vue. Cet un moment suspendu qui se grave dans la matière.

L’image est inversée sur le dépoli de la chambre photographique : la tête en bas et les pieds en l’air. Un monde à l’envers.

Retour en chambre noire : la plaque est immédiatement traitée en lumière inactinique et est recouverte d'une solution de sulfate de fer. Le photographe berce alors doucement la plaque pour répartir de manière harmonieuse, l'action du révélateur sur le support. Une gestuelle fascinante à observer qui conditionne la suite. Une gestuelle d’antan.

Un passage dans l’eau et la lumière est allumée. C'est le moment magique où l’image passe de négatif à positif et se révèle progressivement sur la plaque, sous les yeux émerveillés de la personne dont l’image vient d’être capturée.

C'est l'accomplissement alchimique de l'écriture de la lumière.

L'ACCEPTATION DE L"'IMPERFECTION

Un monde à l’envers, c’est une histoire d’accidents. C’est, ne pas savoir, ne pas prévoir.

Les photographes du collectif s’en remettent, au-delà de leur maîtrise technique, aux aléas du procédé chimique et aux possibles accrocs consécutifs de deux molécules qui ne se trouvent pas ou différemment de ce qu’ils avaient imaginé.

Pour le modèle dont l’image va être soumise aux aspérités de la matière, à l’imprévu d’un rayon de soleil impromptu, d’un souffle de vent dans ses cheveux, d’une expression incontrôlable.

 

C’est l’expérience d’une photographie organique et vivante où tout est possible, imprévisible.

L’EXPÉRIENCE DE LA DURÉE

Un monde à l’envers c’est un autre rapport au temps. Du bon usage de la lenteur comme dirait Pierre Sansot : 

 

"Une certaine forme de sagesse se reconnaît à la volonté de ne pas brusquer la durée, de ne pas se laisser bousculer par elle, pour augmenter notre capacité à accueillir l'événement. Nous avons nommé lenteur cette disponibilité de l'individu. Elle exige que nous donnions au temps toutes ses chances et laissions respirer notre âme … »

 

Être photographié dans le cadre du projet Un Monde à l’Envers, c’est expérimenter cette attente et un autre rapport au temps.

L’attente durant le procédé chimique de préparation de la plaque, vous permettra d’observer étape par étape, comment le férrotype est travaillé pour devenir un trésor photographique.

L’attente de la pose  - six, huit ou dix secondes - est un moment d’introspection pendant lequel le sujet décide de ce qu'il veut montrer ou être. C'est un moment de lâcher prise pendant lequel le modèle s’abandonner à la voix du photographe et à l'instant présent. Ne pas bouger, accepter le silence et l’immobilité ambiante. Accepter que votre image ne vous appartienne plus, dès lors que la chambre photographique se referme et que la plaque reparte en chambre noire. Ne plus rien contrôler.

L’attente du développement de la plaque enfin : suivre le maître de cérémonie pour assister au traitement de la plaque.

Et voir son image apparaître sur la plaque comme une révélation de soi.

PLUS Q'UNE SIMPLE PHOTO, LA QUINTESSENCE DE LA PHOTOGRAPHIE

 

Un monde à l’envers, ce n’est pas une photo mais un  bel objet photographique.

C’est ressortir de cette expérience avec dans les mains une photographie subtile, inédite et unique de soi, révélée par la matière de son support. Une image picturale, forte et intense qui révèle tout ou partie de son caractère, comme un tableau de soi réel et suranné à la fois.

C’est la magie originelle de la photographie retrouvée.